Vous dites que la SF est un genre ardu. Il reste marginal dans la littérature, peu reconnu…

La position de la SF me paraît vraiment à part dans le paysage culturel. D'une part, les thèmes de la science-fiction sont devenus grand public, sans doute parce que nous vivons d'ores et déjà dans un univers de SF (quand je lis qu'on a commencé à construire des ordinateurs quantiques, j'en suis sur le cul !). C'est très sensible au cinéma : si depuis longtemps les thèmes de science-fiction attirent les foules, ce qui apparaît depuis quelques années c'est que des films reprenant ces thèmes ne sont même plus particulièrement considérés comme " de genre ". Je pense par exemple à Inception, où cette idée éminemment dickienne d'entrer grâce à tout un appareillage dans les rêves des gens a donné un film tout public. Il y a quelques années, Déjà vu, avec Denzel Washington, nous montrait un policier qui remontait dans le temps pour empêcher un attentat à la bombe. Mais l'élément de SF n'était là que pour permettre au flic de mieux faire son boulot, et j'ai l'impression que le film a plutôt été considéré comme un thriller. Mais d'autre part, il me semble, la science-fiction n'est toujours pas vraiment reconnue comme constituant un genre digne d'intérêt littérairement parlant, alors qu'elle a tellement de choses à dire ! Elle a pénétré l'imaginaire collectif, elle est partout sans être reconnue. Un peu à l'image des prouesses technologiques modernes qui nous paraissent aller de soi, elle façonne la culture sans qu'on veuille percevoir son caractère propre. Cela m'a beaucoup frappée, il y a quelques années, de découvrir qu'on trouvait 1984, de George Orwell, au rayon mainstream de la librairie américaine WHSmith. C'était un classique, aux qualités littéraires reconnues, donc pas de la SF. Ben merde alors !

À ce propos, quels sont vos auteurs et œuvres préférés ?

Longtemps, j'ai mis en tout premier À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust. Et puis j'ai découvert Pierre Jourde, notamment son Paradis noirs que je place au-dessus de tout ce que j'ai pu lire. C'est un auteur à la langue riche, dense, très belle et en même temps très moderne. Un grand écrivain, pour moi. En littérature de l'Imaginaire, j'ai un gros faible pour Lovecraft dont j'ai eu l'immense plaisir de traduire récemment quatre nouvelles pour le volume Cthulhu : le mythe paru en février 2012 aux éditions Bragelonne et Sans Détour. Sinon, je suis régulièrement époustoufllée par l'inventivité et la richesse des thèmes d'auteurs comme Neal Stephenson (son Anathem est une pure merveille, j'espère qu'il sera un jour traduit en français), Paolo Bacigalupi (peu traduit en France, hélas), Robert Scheckley, très fort dans la dérision, R.A. Lafferty et surtout Kurt Vonnegut Jr. dans le genre déjanté, Greg Egan, Ursula K. Le Guin pour la grande humanité de ses histoires, Will Self (auteur mainstream, mais qui a livré une fresque d'anticipation impressionnante avec Le livre de Dave)… Sans oublier le maître Philip K. Dick, lui qui, mine de rien, pose des questions dérangeantes sur ce qu'est la réalité et ce que signifie " être humain ". Les films Total Recall, Minority Report, Planète hurlante, Next ont pour base l'idée centrale de telle ou telle de ses nouvelles, et j'en oublie ! Il y a aussi ce film où le héros, qui a subi volontairement une opération destinée à lui faire oublier ce qu'il a fait les deux dernières années pour conserver un secret industriel, établit pour lui-même tout un jeu de piste destiné à lui faire retrouver la vérité. J'ai oublié le titre. " Paychek " NDR www.fr.wikipedia.org/wiki/Paycheck

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Vous dites que le monde est absurde, mais vos nouvelles reflètent une solide culture scientifique. N'y a t-il pas une contradiction ?

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Vous dites que la S.F. est un genre ardu. Il reste marginal dans la littérature, peu reconnu...

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