J'ai découvert assez tard que la création littéraire s'apparentait à un expérience vampirique - c'est vrai aussi pour la musique, mais de façon plus complexe. J'aspire le réel qui m'entoure, et ce sont toutes les expériences vécues qui donnent aux mots leur dimension véritable, ce que j'appelle leur chair. Bien sûr, je ne raconte jamais ma vie, mais je pioche dans mon passé des épisodes, des parfums, des couleurs. Il peut s'agir d'un simple détail apparemment sans importance. Je me souviens d'avoir longuement contemplé en Algérie une buse qui planait haut dans le ciel. Le rapace s'est retrouvé le lendemain dans le roman que j'écrivais alors, Comme un palais de paix immense (publié dans des conditions catastrophiques à Oran). Ce sentiment du vécu peut encore s'incarner sous les traits d'un véritable double. Athanasius Pearl est ainsi mon semblable, mon frère. Il apparaît dans plusieurs de mes romans et nouvelles : Un cerf en automne, Bois morts, ou encore dans " La Fille en jean ", l'un des contes recueillis dans Les Tambours du vent. Ce n'est jamais le même personnage. Il peut être compositeur, mais aussi écrivain, vivre à notre époque ou entre les deux guerres. Mais c'est à chaque fois un petit morceau de moi.

Alors, bien sûr, les amours d'adolescence, les initiations tout à la fois musicales et érotiques - tous ces épisodes sont chargés de souvenirs. J'ai eu vraiment un professeur de piano qui agissait comme la demoiselle Bonvoisin dans " À deux secondes près ". Elle aussi était fille d'un compositeur. Je me souviens de ma dernière leçon. Elle était dans sa cuisine à grignoter du chocolat pendant que je jouais - vous voyez que je n'invente guère ! Je me suis mis à interpréter l'une de mes compositions, en prétendant que c'était d'Erik Satie (ça ressemblait plus à du Debussy et du… Ravel, mais qu'importe !). Elle est arrivée comme une furie et m'a lancé : " Mon pauvre ami, vous n'avez rien compris à ce qu'a voulu dire le compositeur. " Quand je lui ai dit au revoir ce jour-là, je savais que c'était un adieu. Bien sûr, j'ai connu des expériences musicales plus enthousiasmantes, plus émouvantes. Mais là, nous entrons dans mon jardin secret, et le lecteur doit se contenter de ce que j'en ai transcrit…

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LES TAMBOURS DU VENT

 

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L'examen rapide de votre biographie (http://fr.wikipedia.org/wiki/Éric_Lysoe) et la découverte, pour le profane, d'extraits de certaines de vos créations musicales mises en ligne donnent à eux seuls le vertige, évoquant une vie plus que bien remplie de globe-trotter, compositeur, écrivain et anthologiste, professeur … Éric LYSØE, diriez-vous volontiers que vous menez de front plusieurs vies, ce qui vous conduit à vous démultiplier dans l'exploration d'univers parallèles ?

Vous êtes donc, depuis votre plus jeune âge, tiraillé entre deux mondes, deux passions, celle de la création littéraire, et celle de la création musicale… Ceci étant, êtes-vous également soumis, dans votre démarche créative, à l'exigence exprimée par l'un de vos personnages-clé, la belle Irina, professeur de piano initiant son jeune élève non seulement à son art mais aussi à l'amour ? "Tu ne peux t'imposer comme virtuose (…) qu'en vivant perpétuellement sur le fil de cette lame terrible qu'est le désir."

À la lecture de ce recueil, on sent de votre part une proximité évidente avec plusieurs personnages masculins (Athanasius Pearl, Florestan, Florimond…) Peut-on aller jusqu'à affirmer que ces nouvelles comportent des éléments autobiographiques liés à des expériences fortes, des moments-clés de votre existence, des femmes de votre vie ? D'où la grande originalité de l'ensemble des textes composant ce recueil, liée à l'expression d'un imaginaire fort, intime, à la limite du fantasmatique ?

La musique, fil conducteur de tous ces récits, ne saurait être dissociée de la femme, objet de culte, de vénération, et source d'inspiration (la mère, les initiatrices, les amantes), d'où la connotation très érotique des textes ; cependant, cette musique est souvent ici source de souffrance et de sacrifice sanglant, une dévoreuse malgré tout éloignée de celle des mythologies antiques (La Violoncelliste, Clair-obscur, La fille en jean). La création et la mort sont ainsi souvent associées dans vos textes : est-ce volontaire ?

Parlez-nous de la genèse des "Tambours du vent, et autres passions musicales " dont vous nous avez fait remarquer, à juste titre, que le recueil comportait sept nouvelles, tout comme une gamme comporte sept notes…Et sachant qu'à chaque note correspond une couleur, quel texte incarnerait le mieux, selon vous, la couleur rouge, couleur de la passion, mais aussi du sang, et donc de la mort ?

En dehors de ces thèmes - la femme et la musique, la création -, quels sont vos autres thèmes de prédilection ?

Deux de vos nouvelles (Une ancienne ballade irlandaise ; À deux secondes près) comportent des développements relatifs à certains personnages ou à des péripéties de l'intrigue qui auraient pu donner matière à la rédaction d'un roman plutôt qu'à une nouvelle. Pourquoi ce choix ?

Quels sont vos projets, tant dans le domaine littéraire que dans le domaine musical ?

Éric LYSØE, que vous inspire ce vers de Victor HUGO dans Les Contemplations : " La musique est en tout. Un hymne sort du monde " ?