Le zapping n'exclut en rien l'engagement complet. Je disais à l'instant que je n'écris jamais en écoutant de la musique. Il faut se laisser emporter - corps et âme - par ce qu'on crée et cela conduit à sacrifier bien des choses et à ne jamais céder à la jouissance béate. Le contentement - et surtout le contentement de soi ! - tue le désir et avec lui l'œuvre. C'est quelque chose d'exaltant et de terrifiant à la fois que d'être pris dans ce mouvement, parce qu'il vous pousse sans cesse en avant, sans jamais d'espoir de repos. J'ai dit tout à l'heure que je me " reposais " d'une forme de création sur une autre. Mais c'est dans ce cas un repos singulier, qui me fait avancer un projet pendant que l'autre sommeille quelques heures, au pire quelques jours. Bref, il y a toujours devant moi un objet à atteindre et, dans mon esprit, le doute de pouvoir y parvenir. Il faut désirer l'œuvre pour avoir la moindre chance de la voir advenir. Ce que dit Irina à Florestan c'est que la musique se nourrit de la même dynamique que l'amour. Il faut toujours avancer, oser, progresser. Imaginez un funambule qui s'arrête. Que se passe-t-il alors ? Il tombe. L'élan est pour moitié dans l'équilibre. L'amour, la musique, la littérature ont tous trois besoin de cet élan, s'ils veulent se maintenir.

Évidemment, tout cela ne va pas sans risque. Le funambule peut tomber, même en avançant, et comme il ne regarde pas le vide sous ses pieds, la chute peut être terrible. C'est aussi ce que dit Irina. Il n'y a jamais de confort dans la création. Il faut jouer sa vie, sa vie tout entière, à chaque pas en avant.

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LES TAMBOURS DU VENT

 

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L'examen rapide de votre biographie (http://fr.wikipedia.org/wiki/Éric_Lysoe) et la découverte, pour le profane, d'extraits de certaines de vos créations musicales mises en ligne donnent à eux seuls le vertige, évoquant une vie plus que bien remplie de globe-trotter, compositeur, écrivain et anthologiste, professeur … Éric LYSØE, diriez-vous volontiers que vous menez de front plusieurs vies, ce qui vous conduit à vous démultiplier dans l'exploration d'univers parallèles ?

Vous êtes donc, depuis votre plus jeune âge, tiraillé entre deux mondes, deux passions, celle de la création littéraire, et celle de la création musicale… Ceci étant, êtes-vous également soumis, dans votre démarche créative, à l'exigence exprimée par l'un de vos personnages-clé, la belle Irina, professeur de piano initiant son jeune élève non seulement à son art mais aussi à l'amour ? "Tu ne peux t'imposer comme virtuose (…) qu'en vivant perpétuellement sur le fil de cette lame terrible qu'est le désir."

À la lecture de ce recueil, on sent de votre part une proximité évidente avec plusieurs personnages masculins (Athanasius Pearl, Florestan, Florimond…) Peut-on aller jusqu'à affirmer que ces nouvelles comportent des éléments autobiographiques liés à des expériences fortes, des moments-clés de votre existence, des femmes de votre vie ? D'où la grande originalité de l'ensemble des textes composant ce recueil, liée à l'expression d'un imaginaire fort, intime, à la limite du fantasmatique ?

La musique, fil conducteur de tous ces récits, ne saurait être dissociée de la femme, objet de culte, de vénération, et source d'inspiration (la mère, les initiatrices, les amantes), d'où la connotation très érotique des textes ; cependant, cette musique est souvent ici source de souffrance et de sacrifice sanglant, une dévoreuse malgré tout éloignée de celle des mythologies antiques (La Violoncelliste, Clair-obscur, La fille en jean). La création et la mort sont ainsi souvent associées dans vos textes : est-ce volontaire ?

Parlez-nous de la genèse des "Tambours du vent, et autres passions musicales " dont vous nous avez fait remarquer, à juste titre, que le recueil comportait sept nouvelles, tout comme une gamme comporte sept notes…Et sachant qu'à chaque note correspond une couleur, quel texte incarnerait le mieux, selon vous, la couleur rouge, couleur de la passion, mais aussi du sang, et donc de la mort ?

En dehors de ces thèmes - la femme et la musique, la création -, quels sont vos autres thèmes de prédilection ?

Deux de vos nouvelles (Une ancienne ballade irlandaise ; À deux secondes près) comportent des développements relatifs à certains personnages ou à des péripéties de l'intrigue qui auraient pu donner matière à la rédaction d'un roman plutôt qu'à une nouvelle. Pourquoi ce choix ?

Quels sont vos projets, tant dans le domaine littéraire que dans le domaine musical ?

Éric LYSØE, que vous inspire ce vers de Victor HUGO dans Les Contemplations : " La musique est en tout. Un hymne sort du monde " ?