Plusieurs vies ? Sans doute. Je crois qu'aujourd'hui nous sommes tous amenés à vivre des existences parallèles, ne serait-ce que par l'importance qu'ont pris les loisirs par rapport à la vie professionnelle et plus encore peut-être les mondes virtuels au regard de notre monde " réel ". On le sait depuis Euclide toutefois, les parallèles sont censées ne jamais se rencontrer - même si elles le font parfois, notamment dans la littérature fantastique. Or ce qui m'anime est un peu différent, car il ne s'agit pas de vies parallèles. Les parois entre les univers que je suis amené à visiter ne sont jamais totalement étanches. Si bon nombre de mes textes établissent des ponts entre musique et littérature, c'est bien parce que je vis la création littéraire et la création musicale simultanément. Je n'écris jamais en écoutant de la musique - j'en suis totalement incapable ; la musique dès qu'elle se manifeste monopolise toute mon attention -, mais je me repose d'une forme de création sur l'autre. Quand je bute sur une phrase, sur un mot, je passe aux sons et aux rythmes ou inversement. Ce qui est merveilleux aujourd'hui, c'est que le même instrument, l'ordinateur, permet de passer de l'un à l'autre, alors qu'autrefois il fallait abandonner le clavier de la machine à écrire (eh oui ! cette chose étrange a existé) pour rejoindre son piano. Cette aptitude à zapper me permet de multiplier, je crois, les liens entre les deux arts, et plus largement entre mes différentes activités. Je prépare actuellement " quelque chose " pour un ami, universitaire comme moi, qui va prendre sa retraite. C'est la tradition d'offrir à celui qui ainsi quitte la vie active un volume d'hommages. Généralement, chacun écrit un article scientifique touchant aux domaines de recherche de la personnalité ainsi célébrée. La surprise que je lui prépare, quant à moi, est un morceau pour piano qu'il aura, je l'espère, plaisir à jouer.

Cette sorte de… mécanique ondulatoire n'a pas que des avantages. Lorsque le doute survient dans un domaine, j'abandonne (trop rapidement, sans doute) la partie et me replie dans un autre de mes univers. C'est ainsi que j'ai renoncé très jeune à la fiction pour me consacrer à la musique, puis au soir d'un échec, lors de la création publique d'une de mes compositions électro-acoustique, je suis passé à la recherche littéraire. Je ne me suis pas obstiné autant que j'aurais dû pour imposer mon univers tant musical que littéraire. J'ai tracé mon chemin patiemment, difficilement, car le rythme de mon zapping était alors très lent. J'apprécie qu'il soit plus rapide aujourd'hui. En une semaine, je suis tout cela : globe-trotter, écrivain, universitaire, compositeur…

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LES TAMBOURS DU VENT

 

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L'examen rapide de votre biographie (http://fr.wikipedia.org/wiki/Éric_Lysoe) et la découverte, pour le profane, d'extraits de certaines de vos créations musicales mises en ligne donnent à eux seuls le vertige, évoquant une vie plus que bien remplie de globe-trotter, compositeur, écrivain et anthologiste, professeur … Éric LYSØE, diriez-vous volontiers que vous menez de front plusieurs vies, ce qui vous conduit à vous démultiplier dans l'exploration d'univers parallèles ?

Vous êtes donc, depuis votre plus jeune âge, tiraillé entre deux mondes, deux passions, celle de la création littéraire, et celle de la création musicale… Ceci étant, êtes-vous également soumis, dans votre démarche créative, à l'exigence exprimée par l'un de vos personnages-clé, la belle Irina, professeur de piano initiant son jeune élève non seulement à son art mais aussi à l'amour ? "Tu ne peux t'imposer comme virtuose (…) qu'en vivant perpétuellement sur le fil de cette lame terrible qu'est le désir."

À la lecture de ce recueil, on sent de votre part une proximité évidente avec plusieurs personnages masculins (Athanasius Pearl, Florestan, Florimond…) Peut-on aller jusqu'à affirmer que ces nouvelles comportent des éléments autobiographiques liés à des expériences fortes, des moments-clés de votre existence, des femmes de votre vie ? D'où la grande originalité de l'ensemble des textes composant ce recueil, liée à l'expression d'un imaginaire fort, intime, à la limite du fantasmatique ?

La musique, fil conducteur de tous ces récits, ne saurait être dissociée de la femme, objet de culte, de vénération, et source d'inspiration (la mère, les initiatrices, les amantes), d'où la connotation très érotique des textes ; cependant, cette musique est souvent ici source de souffrance et de sacrifice sanglant, une dévoreuse malgré tout éloignée de celle des mythologies antiques (La Violoncelliste, Clair-obscur, La fille en jean). La création et la mort sont ainsi souvent associées dans vos textes : est-ce volontaire ?

Parlez-nous de la genèse des "Tambours du vent, et autres passions musicales " dont vous nous avez fait remarquer, à juste titre, que le recueil comportait sept nouvelles, tout comme une gamme comporte sept notes…Et sachant qu'à chaque note correspond une couleur, quel texte incarnerait le mieux, selon vous, la couleur rouge, couleur de la passion, mais aussi du sang, et donc de la mort ?

En dehors de ces thèmes - la femme et la musique, la création -, quels sont vos autres thèmes de prédilection ?

Deux de vos nouvelles (Une ancienne ballade irlandaise ; À deux secondes près) comportent des développements relatifs à certains personnages ou à des péripéties de l'intrigue qui auraient pu donner matière à la rédaction d'un roman plutôt qu'à une nouvelle. Pourquoi ce choix ?

Quels sont vos projets, tant dans le domaine littéraire que dans le domaine musical ?

Éric LYSØE, que vous inspire ce vers de Victor HUGO dans Les Contemplations : " La musique est en tout. Un hymne sort du monde " ?