MONGOLS EN MONGOLIE

Tous les jours, au même moment, plusieurs oiseaux gris et blancs, au bec jaune, frôlaient la surface de l'eau en poussant des cris aigus, puis se posaient sur le sol jaune, gris et blanc où ils semblaient se quereller. Oulki ne les approchait pas, ils avaient l'air dangereux. Mais elles étaient tentantes, ces bêtes bien nourries, pleines de vigueur : il devait y avoir beaucoup de viande là-dessus.

Oulki jouait depuis quelque temps avec l'idée de demander à son père de lui apprendre à tirer au lance-pierres (mais son père ne l'écoutait pas vraiment, en outre il ne rentrait guère que pour boire et dormir ; il avait fallu des semaines pour l'amener à fixer deux roues sur une caisse), quand un jour, contournant la grosse roche brune, il vit qu'il n'était plus seul ; six chèvres et un bouc broutaient déjà, gardés par une fille de son âge, trapue, l'air solide et pas vraiment commode.

- Comment tu as trouvé ce coin ? demanda-t-elle d'un ton sec.

- J'ai marché.

Le gamin n'en menait pas large, il regarda la fille à la dérobée. Elle fronçait les sourcils.

- Je t'ai déjà vu passer devant chez moi, remarqua-t-elle. Je ne venais plus ici ces derniers temps parce que la mère était malade. J'ai dû m'occuper de la maison. Les chèvres ont failli crever de faim ! Et puis ça va mieux, pour l'instant. Je suis revenue. Je ne savais pas que quelqu'un d'autre allait trouver le pâturage…

Elle semblait contrariée. Oulki devait plaider sa cause, il le sentait.

- Je n'en ai parlé à personne. Il y a assez d'herbe pour tout le monde, et elle repousse très vite, tu as vu ? On peut très bien en profiter tous les deux…

La fille rit, assez méchamment.

- Ah oui, c'est ce que tu voudrais, hein ? Parce que, si je veux, je peux te chasser, chétif comme tu es !

- Je suis rapide ! protesta Oulki, vexé. Je sais me battre. Et je serai bientôt un homme.

Elle réfléchit.

- Tu ne me déranges pas, décida-t-elle finalement. Les garçons ne me font pas peur ; tu peux rester.

Au début, ils se cantonnèrent chacun à un bout de la parcelle. Une autre roche brune, cinq cents mètres plus loin, marquait la limite à mi-pente, et débouchait peut-être de nouveau dans la banlieue d'Oulan-Bator… ou ailleurs. Oulki n'avait jamais eu envie d'y aller voir, le grand tas d'eau lui suffisait. Mais il se demandait maintenant si la fille avait jeté un coup d'œil de l'autre côté.

Elle arrivait plus tôt que lui, partait plus tôt également. Il essaya de voir où se trouvait sa maison, sur le chemin du retour, mais ne la repéra pas ; sans trop savoir pourquoi, il n'osait pas changer ses habitudes pour repartir en même temps qu'elle.

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Sonia Quémener traductrice et poète

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